Alors que le groupe Apple dégage une rentabilité historiquement élevée, la question de la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise n’est toujours pas réellement développée, au risque de voir sa réputation entachée.  Que font les actionnaires? L’indignation viendra peut-être de la finance….

Apple n'est pas une entreprise responsable

Le pépin d’Apple !

 

Yannick Roudaut

 

Apple est au sommet. Le groupe Californien vient encore de publier des résultats explosifs, largement supérieurs aux attentes des investisseurs. Contre toute attente, les ventes d’iphone ont encore progressé de 88% sur le quatrième trimestre 2012, comparé à la même période de 2011. Mieux, le résultat net trimestriel fait un bond de 94% à 11,6 milliards d’euros sur les trois dernier mois de l’année ! Les actionnaires sont comblés, d’autant que le nouveau président du groupe leur a récemment annoncé le versement d’un dividende, une première dans l’histoire du groupe, et un programme de rachat d’actions destiné à valoriser leur investissement.

Et pourtant, Apple n’a jamais été dans une situation aussi fragile. A mesure que le cours de la première capitalisation boursière mondiale enchaîne les sommets, l’incompréhension et l’indignation montent. Depuis le début de l’année, les manifestations au slogan « Be different » (soyez différents) et les commentaires choqués d’internautes se multiplient aux Etats-Unis. Il s’agit certes d’une poignée d’individus, mais le phénomène pourrait très bien prendre de l’ampleur au cours des prochaines années.  Leurs revendications ? Ces clients découvrent les conditions de travail des sous-traitants du groupe de Cupertino. Début février, un internaute du nom de Mark Shields, aficionado de « la pomme » a même lancé une pétition sur le net pour que Tim Cook prenne enfin en considération les question sociétales dans sa stratégie de conquête du monde. Son message à l’intention du groupe est clair : « Je veux continuer à utiliser et à aimer vos produits»…un cri d’amour qui a quand même récolté 250.000 signatures en quelques jours.

Certes Apple, même si elle s’en défend, n’est pas la seule entreprise informatique à bafouer les règles sociales et environnementales en Asie. La pollution des eaux, l’empoisonnement d’ouvriers par des métaux lourds, des journées de travail dignes de Zola, sont quasiment la règle dans le secteur. Mais n’est-ce pas au leader du secteur, doté d’une force de frappe financière inégalée, de changer le monde ? A force de nier sa responsabilité sociale et environnementale, le groupe américain risque, à moyen long terme, d’y perdre une partie de sa réputation auprès de consommateurs déboussolés : « Je suis Melissa, j’ai 26 ans et je suis une Apple addict. Je peux même dire que toute ma famille est Apple addict…et je découvre actuellement les conditions de travail des gens qui assemblent nos produits » s’indigne la jeune internaute qui ne dissimule pas son malaise, sur le site Mother Nature Network. « Les actionnaires d’Apple et les aficionados de la marque sont désormais confrontés à un dilemme moral . Doivent-il boycotter la marque ?» Interroge Thane Rosenbaum du journal Daily Beast. La réponse est peut-être dans le camp des investisseurs, dont l’indignation tarde à venir. Car si quelques consommateurs sont choqués par le  mépris du groupe pour les questions sociales et environnementales, du côté de la Bourse c’est le silence radio. Un silence qui conforte Apple dans sa stratégie de passivité sociétale. Et pourtant, si une poignée d’investisseurs responsables décidait d’interpeller Tim Cook sur sa capacité à relocaliser des emplois aux Etats-Unis, sur sa volonté de faire d’Apple une marque réellement responsable, Tim Cook changerait  le monde. Cette fois-ci, pour de vrai.