Dow Chemical rattrapé par son passé

Par Yannick Roudaut

Elevé au rang d’entreprise chimique officielle du Mouvement Olympique, soit l’équivalent de partenaire mondial des jeux, le géant de la chimie est rattrapé par son passé. Le 4 août dernier, le comité d’organisation de Londres 2012 a annoncé l’avoir retenu pour concevoir le revêtement du stade olympique londonien. Le groupe nord américain, pas toujours bien connu du grand public, entendait faire de cette opération le symbole de son engagement pour une chimie respectueuse de l’environnement et des hommes. Cette réalisation est d’ailleurs présentée par le comité d’organisation comme la garantie de l’engagement « durable » de la compétition olympique. Dow Chemical porte drapeau du développement durable?

Les analystes et investisseurs ISR semblent y croire. L’action figure en bonne place dans de nombreux portefeuilles ISR. A tel point qu’au 31 décembre 2010, la très sérieuse agence SAM, a attribué une très bonne note à la valeur, éligible à l’indice DJSI composé uniquement d’entreprises « responsables ».

Malgré tous ces efforts, le coup de pub pourrait se révéler contre-productif. Le poids lourd de la chimie pourrait être stoppé dans son élan par les  victimes de l’une des plus terribles catastrophes du vingtième siècle: l’explosion en décembre 1984 d’une usine Union Carbide ( société absorbée depuis par Dow Chemical) à Bophal en Inde, qui avait causé plus de 3500 morts.. « Des milliers de tonnes de déchets toxiques sont toujours entreposés à Bophal et continuent de provoquer différentes sortes de handicaps et de décès (…) Or, Dow Chemical refuse d’en assumer la responsabilité » s’insurge Rachna Dhingra, le représentant de la campagne internationale pour la justice à Bophal. Choqués que les valeurs olympiques puissent ainsi être souillées, les habitants de bophal réclament des autorités olympiques qu’elles déconcent ce sponsoring. Ke gouvernement indien a même été saisi de l’affaire. Dow Chemical pensait en avoir terminé avec cette vieille histoire de 27 ans…Eh bien non !  Il va peut-être enfin comprendre que l’engagement dans un développement durable se doit d’être cohérent et sincère. Ce qui commence par un règlement définitif de ce litige. Un exemple à méditer pour les nombreuses multinationales candidates à la distinction responsable !

Copyright Le Monde , 13 septembre 2011